8 juillet 2012 7 08 /07 /juillet /2012 18:27

espblu75.jpgDalida a disparu il y a 25 ans, et en cette année anniversaire, de nombreux hommages lui ont été rendus. Si son esprit n’a jamais vraiment quitté le cœur mélomane des Français, son frère Orlando aimerait le perpétrer de la plus belle des manières. En léguant les biens de sa sœur à un musée.

 

Il est le seul à connaître le lieu où sont entreposés ce qu’il appelle lui-même «les reliques» de sa sœur. Mais comme il le confie dans une interview au Parisien, il sait aussi qu’il n’est pas éternel et aimerait ainsi offrir à tous les fans les précieux objets qui ont appartenu à Dalida. « Je pourrais, comme certains le font, les vendre aux enchères, explique le producteur âgé de 76 ans, mais j'ai conscience qu'elle fait partie du patrimoine national, alors je fais cadeau de ce qu'elle m'a laissé. Je ne peux pas faire plus... C'est tout ce qui m'est le plus cher.»

 

Orlando aimerait donc que la collection qu’il lègue soit mise à l’honneur dans un musée permanent, en précisant bien que ce n’est pas pour qu’elle soit déplacée, voire enfermée dans une cave. Sachant que le maire de Paris, Bertrand Delanoë, était un grand ami de Dalida, ce n’est pas une surprise d’apprendre que le projet lui plaît. Il avait d’ailleurs consacré une exposition à la chanteuse à l’Hôtel de Ville en 2007. Et si le projet n’aboutissait pas? Si le musée Dalida ne voyait pas le jour? Orlando serait alors au regret de garder ce « cadeau » pour lui : « Mais j’ai le sentiment qu’il doit appartenir au pays ».

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(Article de Vincent Julé, paru sur Gala.fr le 08 juillet 2012)

 

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21 décembre 2011 3 21 /12 /décembre /2011 10:41

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En 1967, la chanteuse tant aimée du public traverse la pire épreuve de sa vie : le suicide de Luigi Tenco, l'homme qu'elle aime. Un drame qui la conduira bientôt à tenter à son tour de mettre fin à ses jours. Quand son frère aîné devient papa quelques mois plus tard, il donne à son fils le prénom de Luigi, en souvenir de l'amoureux perdu. Pour Dalida, si meurtrie, ce bébé est immédiatement un rayon de soleil dans le ciel si sombre de ses jours. Elle ne cessera plus de chérir ce petit Luigi, d'entretenir avec lui une relation privilégiée et précieuse, ainsi que le montre cette photo tout en tendresse prise le soir de Noël 1969. Luigi a 19 ans lorsqu'en 1987, Dalida se donne la mort. Il venait de lui confier combien il était fier qu'elle soit sa tante...

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2 octobre 2010 6 02 /10 /octobre /2010 17:38

Dans cet article du Figaro publié le 16 août dernier, Christian Authier, essayiste, romancier et journaliste français, propose une ébauche de réponse à la question "Que Dalida serait-elle devenue si elle n'avait pas mis fin à ses jours en 1987 ?" 

Il nous signe un texte précis, très bien construit, troublant de vraisemblance et avant tout respectueux de la personnalité de la Femme et de l'Artiste qu'était Dalida.

 

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Des indiscrétions en avaient fait état dans la presse durant l'été, mais lorsque Dalida sortit un nouvel album, "Ciel Immense", le 9 octobre 1988, l'effet de surprise fut tel que même les fans eurent du mal à croire que leur idole revenait parmi eux. Depuis sa tentative de suicide un an et demi auparavant, Dalida était devenue invisible, échappant même aux paparazzis les mieux informés. En ce dimanche 2 mai 1987, c'est son frère Orlando qui l'avait découverte inconsciente dans la chambre de son appartement de la rue d'Orchampt à Montmartre. "La Diva", ainsi qu'il l'appelait, n'avait pas répondu à ses coups de fil. De la fin de la matinée au milieu de l'après-midi, le message du répondeur téléphonique se déclenchait. À partir de dix-sept heures, la tonalité indiquait la ligne occupée. Orlando et la garde rapprochée savaient que la vedette traversait l'une de ces dépressions où les nuits de souffrance semblent insurmontables, où l'on pleure bêtement les deux bras sur la table et où la vie suspendue ne tient plus qu'à un fil. Dalida macérait dans les eaux grises du vague à l'âme, fuyait les vivants, avait même abandonné le rituel des dîners du dimanche soir chez elle où les amis choisis n'offraient guère de prise à la mélancolie. Elle refusait de se rendre chez le coiffeur malgré ses cheveux trop longs qui lui donnaient un air de sauvageonne. "Alors, cela veut dire que c'est fini", avait tranché l'un de ses intimes en apprenant ce caprice et devinant derrière l'anecdotique un plus grave abandon. Le téléphone et le répondeur débranchés, c'était un autre signal. Plus urgent. Orlando déboula vers dix-neuf heures à l'appartement de sa soeur, dont il avait les clés, et la sauva en alertant le Samu.

 

Dix jours dans le coma dus à l'absorption massive de barbituriques puis une longue hospitalisation avant une convalescence inévitablement chargée d'antidépresseurs, "Dali" n'était pas prête à remonter sur cette scène où elle avait annoncé, naguère, en chantant, qu'elle voulait y mourir. Au cours des mois qui suivirent cette nouvelle tentative, seul le premier cercle fut au courant de la mise au repos dans une campagne de France où aucun journaliste ne put la débusquer, à Morterolles, chez Pascal Sevran. Le silence des siens la protégeait du bruit du monde, mais pendant ce temps Orlando préparait l'unique remède pouvant redonner vie à sa soeur.

 

avatar119nc8Ce fut "Ciel Immense", album concocté en secret entre mai et juillet 1988 à New York. Le producteur Mick Lanaro, qui avait relancé un peu plus tôt Claude Nougaro avec "Nougayork", fut mis à contribution. Accompagné du claviériste et compositeur Philippe Saisse, du bassiste Marcus Miller et de quelques autres, il concocta dix chansons mariant une modernité synthétique et électrique à une épure jazz. Quatre compositions originales complétaient de nouvelles versions de titres de Dalida, dont "À Ma Manière" ou "Tables Séparées", et une reprise du standard "She Was Too Good To Me", chanté avec Alain Delon. Le résultat était stupéfiant. Aussi à l'aise sur les rythmes funky que sur les ballades au piano, la voix de Dalida séduisit des centaines de milliers de fans, anciens et surtout nouveaux.

 

Lors du premier concert donné à l'Olympia au printemps suivant, le Tout-Paris se pressait. Dans les loges, après le spectacle, François Mitterrand fendit la ruche des amis et des courtisans pour saluer la diva. À ses côtés, le président reconnu Christian de La Mazière, compagnon fidèle de la chanteuse, dont il avait été un temps l'imprésario.

 

- Cela faisait longtemps, cher ami... À quand une suite au "Rêveur Casqué" ? Votre livre était remarquable. Toute une époque...

- J'y songe, Monsieur le Président, j'y songe...

 

Les deux hommes se revirent à l'Elysée quelques semaines plus tard, lorsque le président remit à Dalida les insignes de Chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres. Un autre enregistrement attendait Dalida à partir de janvier 1990, entre Paris et Los Angeles, pour un album d'hommage à la musique brésilienne, ponctué de duos - "O Que Sera" avec Chico Buarque, "Que Reste-T-Il De Nos Amours ?" avec Joao Gilberto, "Ponta De Areia" avec Milton Nascimento - et de compositions originales signées notamment par de jeunes talents comme Art Mengo et Jean-Louis Murat. Un triomphe commercial et critique consacra "Milagres". Dalida n'était plus seulement une grande chanteuse populaire, mais une icône arty dont l'aura fut renforcée par la série de concerts qu'elle donna deux années suivantes avec un quartette (batterie, contrebasse, guitare acoustique, piano) de haut vol. Les concerts s'achevaient par "Il Venait d'Avoir Dix-Huit Ans" et "Avec Le Temps", où elle était accompagnée seulement du piano. Au Carneggie Hall de New York, le 10 mai 1992, Herbie Hancock remplaça son pianiste habituel sur ces derniers titres.

 

76kj31tComblée par ce renouveau musical, l'artiste revint alors au cinéma. À la surprise générale, on la vit devant la caméra de Jean-Luc Godard dans "Spectacle(s)" où elle incarnait un personnage inspiré de Maria Callas, puis dans un remake du "Gloria" de John Cassavetes dirigé par Alain Corneau. Là encore, la critique salua ses performances et le public suivit. Elle retrouva la Calabre de ses parents pour tourner un film de Nanni Moretti, et sa composition de prostituée vieillissante amoureuse d'un client lui valut la palme de la meilleure actrice à Cannes en 1995, presque dix ans après son rôle dans le "Sixième Jour", de Youssef Chahine. Lorsque "Rien Qu'un Soupir" sortit sur les écrans français en septembre, Orlando diffusa un communiqué annonçant que sa soeur prenait une année sabbatique et demandait aux médias de respecter sa volonté de retrait de la vie publique. Des journaux suggéraient une nouvelle dépression ou une maladie, hypothèses que sa seule apparition publique pendant cette période, lors des obsèques de François Mitterrand, ne vint confirmer ni infirmer. De plus, la retraite de Dalida se prolongea au point de sembler définitive. Les planques des journalistes devant son appartement ne donnaient rien. Les très rares allées et venues accréditaient la thèse de son départ de Montmartre.

 

La machine à rumeurs se mit en branle. On évoquait la fuite dans une secte, l'internement dans un hôpital psychiatrique, une opération de chirurgie esthétique l'ayant défigurée et décidée à ne plus se montrer en public... Au fil des ans, les rumeurs - désormais propagées et amplifiées par la Toile - se firent plus délirantes encore : suicide, enlèvement... Des émissions de télévision se penchaient régulièrement sur le "mystère Dalida", recyclant les mêmes entretiens et les mêmes images. On voyait souvent des extraits de l'émission "Sacrée soirée" de 1992 et les larmes de la star quand Jean Sobieski, Arnaud Desjardins et Alain Delon firent leur apparition surprise et que l'acteur chanta "Les Hommes de Ma Vie". Des photographies circulaient et montraient des silhouettes plus ou moins ressemblantes situant Dalida au Caire, dans un monastère de Calabre ou à New York. De fait, il fallait se contenter de ces ultimes clichés du 11 janvier 1996, à Jarnac, où elle était apparue avec son chapeau à voilette et des lunettes noires. De son côté, Orlando n'évoquait plus en public sa soeur, sinon pour indiquer qu'elle seule déciderait ou non de se montrer et de s'exprimer. La même réserve chez ses amis comme Max Guazzini, Pascal Sevran ou Bertrand Delanoë pouvait laisser penser que rien de tragique ne lui était arrivé. D'ailleurs, des blogs et des sites de fans préféraient croire que la star avait enfin trouvé le grand amour et surtout le moyen de le protéger des feux de la rampe et des tragédies qui eurent raison de nombre de ses passions.

 

Dalida avait réussi, mieux encore que Greta Garbo ou Salinger, à se retrancher du monde. Or l'époque n'aimait pas le mystère, le retrait, le silence. Voyeuriste et obscène, elle réclamait la transparence, la confession publique, l'exhibition. Après avoir dédié tant d'années de sa vie au spectacle, à la musique et au cinéma, Dalida s'était éclipsée et, défi suprême, sans donner la moindre explication. Cette réclusion volontaire faisait enrager la presse people, la télévision, Internet, le grand bazar techno-marchand. Il restait le plus important : les chansons et les films de Dalida.

 

Pour ma part, j'ai parlé à deux reprises à Dalida depuis sa disparition lors de longues conversations téléphoniques. La première fois, au printemps 2002, alors que j'avais publié un an auparavant une biographie d'elle. La dernière fois en janvier 2008. Elle avait fêté quelques jours plus tôt son soixante-quinzième anniversaire. Ce qu'elle m'a dit restera entre nous. Qu'est-ce que vous attendiez ? Que je déballe mon petit tas de secrets pour satisfaire votre curiosité, passer à la télévision ou décrocher un contrat d'édition ? Je pense pourtant savoir où elle vit précisément. Vous n'êtes pas obligé de me croire. D'ailleurs, je m'en fiche. Evidemment, je ne suis pas le seul à connaître la vérité, mais ce mur de silence auquel nous nous plions et que nous confortons est notre plus belle récompense. Si vous imaginez que l'un de nous va cracher le morceau, c'est que vous nous connaissez mal. Vous n'aurez pas Dalida vivante. Elle vous a tout donné puis a disparu. Passez votre chemin.

 

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23 avril 2010 5 23 /04 /avril /2010 20:28

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Dalida se livre à la presse quelques semaines seulement après sa tentative de suicide. Pour la première fois, avec sincérité et simplicité, elle explique les raisons qui l'ont poussée à faire ce geste.

Propos recueillis par Christian de la Mazière, pour l'édition datée du 29 mars 1967 du quotidien généraliste "France-Soir".


  DALIDA : Je crois que ça y est… Je ne pourrai plus jamais me sentir seule, isolée dans la foule. J’ai le cœur qui bouillonne et cependant un frisson hérisse mes jambes et mes bras. Tout l’amour que l’on m’a prouvé depuis ma mort me donnait la chair de poule… Je ne pensais pas, je ne voulais pas me sentir entourée de tant d’attentions. Pourquoi n’ai-je pas, bien avant, su que je n’étais pas seule… […] Ma vie n’était faite que de futilités. On aimait bien Dalida, on me le disait, on me le souriait, mais je n’y croyais pas tellement. Il est facile, bien sûr, de m’aimer, mais avec un micro devant la bouche, sur une scène. Deux mille personnes sont dans la salle. Ensuite, on applaudit, on vient me féliciter, me dire : « Tu as été formidable », m’embrasser. Mais tout cela n’est qu’un tourbillon, on n’a pas le temps de s’apercevoir que c’est déjà passé. Et, lorsque le théâtre est vide, lorsque les deux mille personnes sont parties, que reste-t-il ? La solitude… Je connais, pour les avoir tant de fois tournées dans ma tête, toutes les voyelles et toutes les consonnes de ce mot. J’ai appris même à conjuguer « solitude » à tous les temps dans quatre langues, à décortiquer le mot, à le réciter à l’envers… […]


Christian de la Mazière : Est-ce la chanson qui a guidé votre geste ?


DALIDA : « Trop, c’est trop. » Un jour, l’expression est venue s’inscrire dans mon esprit, et tout est devenu intolérable. La mort injuste de Luigi Tenco m’a ôté à la seconde même toute envie de continuer. Ce n’est pas la chanson Ciao, Amore, Ciao qui m’a tuée, mais la mort d’un garçon assassiné par sa propre chanson, par le retour de flammes de ce feu qu’il avait allumé pour se réchauffer un petit peu. Lorsque l’on a trente-quatre ans et que l’on ne s’aime pas, lorsque l’on ne se trouve pas, tous les matins, plus jolie que la veille. Lorsqu’on a fait le tour de sa vie et que l’on s’aperçoit qu’elle n’est tissée que d’efforts, de métier, de luttes incessantes, il arrive un jour où tout devient inutile, vain, grotesque. J’ai lutté toute ma vie pour être Dalida. Je représente, je crois, un chiffre d’affaires de 250 millions par an. Je fais vivre cinq musiciens, un régisseur, un attaché de presse, une secrétaire, un sonorisateur, un chef d’orchestre. Je ne suis, je n’étais pas une femme, mais une industrie. Et puis, Luigi Tenco est parti en estafette sans vraiment le vouloir. Et j’ai suivi en le voulant vraiment.


Christian de la Mazière : Comment viviez-vous avant ?


DALIDA : Je saute du coq à l’âne. Tout s’embrouille, c’est vrai. Mais il y a tant de désordre à se remettre en ordre, tant d’angoisses que je voulais cacher, jusqu’au jour où le monde tout entier s’est mis à basculer. Je me souviens, comme s’il ne s’agissait pas de moi, de l’époque où il m’était agréable et chaud, de m’arrêter, ciel aux yeux, sous les branches du genet de Montmartre, de m’arrêter, de regarder, attentive, les progrès qu’un bourgeon qui, chaque matin, sous mes yeux, devenait moins résineux, plus vert, encore plus vert, toujours de plus en plus jusqu’à devenir feuille. Je m’émerveillais d’un nuage flottant à la marge de la fenêtre de ma chambre, je m’étonnais du visage des gens, de leur beauté, de leurs détails… Et puis Tenco est mort. On me disait : « Il fait froid », je disais « Il fait froid » sans en être vraiment persuadée. On me disait : « Tu es gaie, Dali », et j’étais gaie sur commande. Si seulement je pouvais expliquer jusqu’à la moindre virgule de quoi se fabrique ma vie. Qui pourrait soupçonner ce que peut raconter un verre posé sur une table et une salière posée sur une nappe ? C’est un verre ! On a beau consciemment énoncer sa vérité de verre, on ne peut se résoudre à cette simplification.


Christian de la Mazière : Quand avez-vous pensé au suicide ?


DALIDA : Depuis janvier dernier, les objets, un à un, m’ont donné toutes les raisons de croire que je ne pouvais continuer à vivre. Si je parle d’un verre, ce n’est pas le hasard. Un soir, rue Lepic, entourée de mes amis, de mes frères, de Rosy ma secrétaire, nous sommes passés à table. Il y avait une « piperade ». Elle laissait à la surface surplomber la rondelle d’une tomate et les carapaces vertes de deux poivrons. Devant mon assiette, mon verre m’a semblé plus ventru, plus imposant, plus diabolique peut-être… Calmement, en me servant à boire un peu d’eau minérale, je pensais que c’était si facile de boire avec autre chose dans le verre que de l’eau minérale. Ce jour-là, j’ai pensé à Lautréamont qui n’avait écrit qu’un seul livre… Mais pourquoi parler de ça ? Non. Je n’ai pas pensé tout de suite à ce côté intolérable de ma vie ratée, annihilée au profit d’un travail que j’ai toujours aimé plus que moi-même. Car j’ai aimé mon métier comme on aime un amant. Je me réveillais avec lui, dormais avec lui, faisais l’amour avec lui. Dans ma bibliothèque, j’ai négligé de placer Proust, Jean-Paul Sartre, Gide ou Balzac. Sur les rayons, on trouvait le tout dernier micro, une partition, mes disques, les disques des autres chanteurs. Je n’avais pas le temps de lire.


Christian de la Mazière : Êtes-vous décidée à vivre ?


DALIDA : Hier, on m’a offert Ma Vie, de Jung. Je ne pensais pas que l’on pouvait dévoiler, comme il l’a fait, ses angoisses, montrer ses plaies. Je n’ai plus peur de montrer les miennes. Je crois que jamais plus je ne me retiendrai, si j’ai envie de pleurer. […] Je ne le ferai plus, plus jamais je ne tenterai de me supprimer. D’abord, à quoi bon reconnaître la mort puisque je suis morte une fois déjà ? Je n’ai pas offensé Dieu, je ne crois pas, Dieu ne peut pas en vouloir à ceux qui en ont un jour assez de vivre pour de bonnes raisons. Les morts ont davantage besoin des vivants que les vivants des morts. Ce matin, j’ai touché la taie de mon oreiller : elle était lisse, douce… Je ne peux pas expliquer cette douceur, je ne l’avais pas encore remarquée.


Christian de la Mazière : Comment avez-vous voulu mourir ?


DALIDA : […] Je me suis mise en paresse depuis la mort de Luigi Tenco. Ma vie ne représentait rien d’autre qu’une marche sans avenir. Plus rien n’existait vraiment. J’ai voulu mourir sans aucune haine pour moi. J’ai voulu mourir comme on fait un pensum, appliquée, résolue, sans me vouloir vraiment du mal. Je suis morte, je me suis installée à l’hôtel Prince-de-Galles, avenue George V, comme d’autres se rendent, absents, à un dîner qui les ennuie. De l’aéroport à l’hôtel Prince-de-Galles, dans le taxi qui roulait trop lentement, je savais que je ne pouvais plus reculer. […] Froidement, j’ai fait la revue de détails de ma vie. Trente-quatre ans et personne. Mon travail et personne. Une certaine célébrité et personne. Personne, pas d’enfants, pas d’espoir, plus de vingt ans à venir, plus de saisons à regarder, plus rien. Personne, personne, personne… Les cachets trois par trois, l’eau du lavabo dans le verre à dents, trois par trois. Je m’étonne de ce calme, je n’attends rien, ni personne. Dalida solitaire pour la première fois se retrouve telle qu’elle aurait toujours dû être. Solitaire. Le sommeil vient. Après lui, la mort, un autre sommeil plus fort, plus grand.


Christian de la Mazière : Et maintenant ?


DALIDA : Je remercie Dieu aujourd’hui de m’avoir refusée. Je remercie Mme Yvonne Bouteiller, la camériste de la chambre 410, de m’avoir découverte, je remercie mes amis, tous mes amis, ceux qui m’ont écrit, ceux qui m’ont dit « je t’aime » sur trois lignes ou sur plusieurs pages, je remercie les fleurs de ma chambre d’être aussi belles, le ciel de ma chambre d’être aussi clair, ma famille, mon lit… Je remercie chaque atome de ce monde… Je ne mourrai plus jamais. Je veux vivre, vivre, vivre encore et plus fort… puisque Luigi Tenco est mort.


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20 février 2010 6 20 /02 /février /2010 12:47

Une interview exclusive de Victor Franco

DALIDA dit tout

Dalida n’en finit pas de nous étonner. On n’entend pas parler d’elle pendant quelques semaines, on se demande si elle n’appartiendrait pas à un autre temps, et voilà qu’elle réapparaît, telle le Phénix, encore plus radieuse, encore plus éclatante. C’est exactement ce qui s’est passé depuis le vendredi 7 décembre.
Ce soir-là, elle passait à la télévision dans un show mis en scène par Jean-Christophe Averty. Pendant une heure et demie, elle nous a éblouis, au point que plus de quinze millions de téléspectateurs sont restés vissés devant les images retransmises par TF1, à l’admirer, en brune, en blonde, en châtain, à l’écouter chanter en français, allemand, italien, anglais, hollandais ou arabe. Dès le lendemain, la cassette vidéo éditée par René Château se classait parmi les best-sellers. En même temps, sortait un nouvel album – « Dali » – avec dix nouvelles chansons, très belles, qui ont grimpé tout de suite au « hit-parade ».

 

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V.F. : Alors, Dalida, vous voulez dire vraiment tout ?


Dalida : Absolument tout.


V.F. : Quels sont vos projets immédiats ?


Dalida : Je pars pour les Emirats du golfe Persique dans quelques heures. Je vais chanter là-bas pendant une semaine. Puis, ce sera l’Allemagne et de nouveau le Moyen-Orient, avec la Jordanie. Vous voyez, cela n’arrête pas.


V.F. :  Même pour les fêtes ?


Dalida : Non, je passerai Noël en famille et la Saint-Sylvestre avec mes amis.


V.F. : Donc, vous ne serez pas seule ?


Dalida : Pas du tout.


V.F. : Qui disait donc que Dalida était toute seule ?


Dalida : C’est vrai, je suis seule parce que je n’ai pour l’instant pas d’homme dans ma vie.


V.F. : Y en a-t-il un en vue ?


Dalida : Hélas ! Je le voudrais bien. Je cherche l’homme de ma vie. J’ai besoin d’aimer. J’ai besoin de passion.


V.F. : Un homme, c’est important ?


Dalida : Dans la vie d’une femme, c’est absolument nécessaire. J’espère retrouver vite l’homme de ma vie.


V.F. : Qui est-il ?


Dalida : Ah ! Si je pouvais le savoir…


V.F. : Comment fait-on pour le rencontrer ?


Dalida : Il faut être disponible.


V.F. : L’êtes-vous, Dalida ?


Dalida : Sincèrement, je l’ignore. Je devrais sortir davantage, aller dans les galas, me montrer un peu plus. Malheureusement, je n’aime guère les mondanités.


V.F. : Vous avez beaucoup aimé, n’est-ce pas ?


Dalida : Oh, oui… Je suis incapable de vivre sans amour.


V.F. : Comment cela se passe-t-il dans votre vie quand vous tombez amoureuse ?


Dalida : C’est extraordinaire. Quand je suis amoureuse, rien d’autre que lui ne compte. Je ne pense qu’à lui, je ne vis que pour lui. Je n’accomplis pas un geste sans le voir et le sentir au plus profond de moi-même. Même sur scène, chacune des chansons que je chante est chantée pour lui. Amoureuse, cela signifie que je suis la prisonnière de l’homme de ma vie, sa prisonnière et sa chose.


V.F. : Comment savez-vous que vous êtes amoureuse ?


Dalida : J’ai le cœur qui bat encore plus vite que d’habitude.


V.F. : N’est-ce pas ce que l’on appelle le coup de foudre ?


Dalida : Je ne suis pas une femme à coups de foudre. Avec moi, ça commence doucement. Je suis romantique, j’aime que l’on me fasse la cour, que l’on se voie, se revoie, de plus en plus tendrement. À présent, la cour à une femme, cela ne se fait plus. C’est devenu : « Tu me plais, viens… » Quel dommage ! La cour, je ne connais rien de mieux pour stimuler les sens, susciter les émotions.


V.F. : Je ne peux croire que l’on ne fait pas la cour à Dalida.


Dalida : On me la fait, évidemment. Cependant, me faire la cour ne suffit pas pour que je tombe amoureuse à tous les coups.


V.F. : Vous est-il arrivé de faire le premier pas vers un homme qui vous plaît ?


Dalida : Oui, bien sûr. Mais, laissez-moi vous dire quelque chose que vous savez sûrement déjà. Généralement, c’est la femme qui choisit et s’arrange pour amener l’homme élu à faire les premiers pas. Toute l’astuce féminine est là, tout l’art de sa séduction aussi.


V.F. : Que vous a donc apporté chacun des hommes de votre vie ?


Dalida : Le premier était un peintre. Il m’a d’abord appris à regarder la peinture, ensuite à l’aimer. Le deuxième adorait la décoration, les meubles anciens. Il m’a inculqué son virus. Un autre homme de ma vie est arrivé avec une montagne de soucis ! Nous les avons résolus ensemble, l’un après l’autre.


V.F. : Et vous, que leur avez-vous apporté ?


Dalida : Beaucoup, en vérité. Je crois que je leur ai surtout apporté ma fidélité et une certaine forme d’équilibre.

 

V.F. : Quelle était leur attitude vis-à-vis de votre métier ?


Dalida : Ils l’ont tous aimé, tous ont essayé de m’aider.


[…]


V.F. : Qu’est-ce qui fait qu’un jour vous cessez d’être amoureuse ?


Dalida : Cela tient sûrement à mon caractère. En chaque homme de ma vie, je recherche mon père ; et quand je m’aperçois que je ne l’ai pas trouvé, le charme se rompt.


V.F. : Avez-vous tellement besoin d’être protégée ?


Dalida : Oh ! Oui… J’ai l’air comme cela très forte, inébranlable, mais dans la réalité, je suis vulnérable. Je suis un être plein de contradictions. Si je n’avais pas une certaine force de caractère et de l’équilibre, je ne serais pas arrivée à mon niveau professionnel. Songez que je tiens la scène depuis vingt-six ans, que j’ai vendu quatre-vingt-cinq millions de disques et que cela continue. Mais en même temps – c’est mon frère Orlando qui le dit – je suis, paraît-il, trop modeste, trop gentille ; je n’ai pas les dents assez longues. J’ai un besoin permanent de me sentir protégée, réconfortée, de retrouver la force de mon père.


V.F. : Parlez-moi de votre père.


Dalida : Il était musicien, premier violon à l’Opéra du Caire. Son grand défaut : une nervosité qui le poussait jusqu’à la violence. Petite, je le détestais à cause de sa violence. En grandissant, je me suis aperçue que ma haine était de l’amour.


V.F. : Freud explique cela très bien… Votre père vous aimait-il ?


Dalida : Oui, beaucoup. J’avais douze ans quand il est mort. Depuis, il n’a cessé de me manquer.


V.F. : Qui, depuis la disparition de votre père, vous a le mieux protégée, enveloppée ?


Dalida : Orlando, mon frère. Evidemment, cela n’a rien à voir avec ma vie privée. Orlando a toujours été très près de moi, même dans ma plus tendre enfance. Il me protège, établit un écran entre ma vie personnelle et ma vie professionnelle.


V.F. : Êtes-vous une femme de destin ?


Dalida : Le destin, on se le fabrique soi-même à quatre-vingts pour cent. Le reste dépend de divers facteurs extérieurs et du hasard. Même le hasard, je me demande parfois s’il n’est pas le résultat d’une sorte de prise de conscience.


V.F. : Quand vous étiez petite, à quel métier rêviez-vous ?


Dalida : À celui d’artiste. Je ne savais trop si je voulais devenir chanteuse ou comédienne. À la maison, le soir, après le retour de l’école, je reconstituais la classe devant mes parents. J’étais tour à tour la maîtresse, moi-même, chacune de mes camarades, la directrice… J’imitais tout le monde avec leurs voix, leurs gestes.


[…]


V.F. : Comment votre carrière a-t-elle débuté ?


Dalida : En 1956… Dans un bar proche de l’Olympia, trois hommes disputaient une partie de « 421 » : Eddy Barclay, Bruno Coquatrix et Lucien Morisse. Tout à coup, ils ont eu l’idée de jeter un coup d’œil à l’enregistrement, sur la scène de l’Olympia, d’une émission qui s’appelait : « les numéros uns de demain ». Je tentais ma chance cet après-midi-là. Ils m’ont vue. Ce sont eux qui ont décidé de ma carrière : Eddy est devenu mon premier producteur de disques, Lucien mon « Pygmalion » ; Bruno m’a ouvert les portes de son music-hall. Vous connaissez la suite.


V.F. : Pourquoi avez-vous choisi Jean-Christophe Averty pour votre grand spectacle télévisé ?


Dalida : C’est lui qui m’a choisie. Il m’a envoyé son assistant. Puis, nous nous sommes vus. Il m’a dit alors : « Je n’ai encore jamais travaillé avec vous »… On s’est bien entendus.


V.F. : Quand remonterez-vous sur scène ?


Dalida : Au printemps 1986, à Bercy. C’est un projet extraordinaire : Cléopâtre en comédie musicale. Le metteur en scène d’ « Aïda » ; Vittorio Rossi, prendra tout en main. Ennio Morricone se chargera de la musique.


V.F. : Comment Dalida vit-elle ?


Dalida : En harmonie avec elle-même. Dans ma tête se tient un véritable parlement, avec des personnages en perpétuelle contradiction, qui ne sont jamais d’accord entre eux.


V.F. : Cela me paraît extraordinairement compliqué.


Dalida : En effet, mais c’est un excellent système pour aller toujours de l’avant.


V.F. : On dit que vous êtes extrêmement superstitieuse ?


Dalida : Tout le monde le croit, mais c’est faux. Je ne consulte pas les cartomanciennes. Je ne fais pas tourner les tables, ne tremble pas quand un chat noir coupe mon chemin, ne me mets pas dans tous mes états lorsque deux convives se passent la salière de la main à la main. Je n’ai pas peur de porter du vert et l’on peut m’envoyer des œillets.


V.F. : Avez-vous beaucoup d’amis ?


Dalida : J’ai de nombreuses relations, mais peu de vrais amis. Parmi eux, les plus fidèles sont : un journaliste libanais, Samir ; un restaurateur italien de la Butte Montmartre – Graziano – dont l’établissement (Le Moulin de la Galette), se trouve juste en face de chez moi ; une réalisatrice de la télévision, Agnès de la Rive ; un avocat ; Antoine, qui seconde mon frère Orlando ; Denis, un autre journaliste.


V.F. : Que faites-vous lorsque vous rentrez à la maison ?


Dalida : Je lis, regarde des films au magnétoscope ou certaines émissions à la télévision. Je me couche tard. Le dimanche, je réunis mes amis, ils m’appellent la « mamma », parce que je m’occupe d’eux comme s’ils étaient mes enfants. Cela fait vingt ans que je suis leur « mamma ».


V.F. : Vous n’avez pas d’enfants ?


Dalida : Non, c’est mon plus grand regret… À table, je sers tout le monde… C’est une habilleuse – peut-être mon amie la plus proche – qui nous fait à manger… De temps en temps, je m’offre un restaurant oriental – « L’Aliah » de la rue François-Ier.


V.F. : Avez-vous des ennemis ?


Dalida : Forcément. Tout le monde ne peut pas aimer Dalida. Je me souviens de l’un d’eux, qui, vers l’époque où je chantais « Bambino », a écrit : « Nasser n’a pas commencé ses agressions contre la France par la confiscation du canal de Suez. Il nous a d’abord expédié Dalida ! »


V.F. : Etes-vous marquée politiquement ?


Dalida : Pas du tout. Je ne suis ni de droite, ni de gauche. Je chante et m’occupe de mon travail, un point c’est tout.


V.F. : Vous avez tout de même des idées ?


Dalida : Comme tout le monde, mais je ne suis inscrite à aucun parti et ne milite nulle part.


V.F. : On vous a pourtant associée à certains mouvements…


Dalida : C’est une erreur. J’ai, parmi mes amis, des hommes politiques ; je ne partage pas pour autant leurs idées.


V.F. : Pourquoi êtes-vous allée à la manifestation de « Radio NRJ » ?


Dalida : Parce que je suis pour la liberté et la réussite. En France, on n’aime pas toujours les gens qui réussissent. Lorsque j’ai entendu que « NRJ » et d’autres radios libres étaient menacées d’interdiction, je suis descendue dans la rue pour manifester. Cela dit, le grand reproche que je fais aux radios en modulation de fréquence, c’est de ne pas diffuser de chansons françaises. Si cette tendance se maintient, les chanteurs français ne pourront s’exprimer qu’en anglais. Dangereux.


V.F. : Quel est votre plus grand souhait ?


Dalida : Que mon public me garde encore et longtemps dans son cœur.


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21 avril 2009 2 21 /04 /avril /2009 13:06
En 1974, à l'occasion du passage mythique à l'Olympia de Dalida, Maurice Béjart, grand chorégraphe et danseur français, élu membre de l'Académie des Beaux-arts française en 1994, explique ce qu'est pour lui un véritable artiste dans une courte critique publiée sur le programme des concerts de Dalida.

Ce petit texte admirable, que vous pouvez lire ci-dessous, est digne d'intérêt puisqu'il reprend exactement et précisément les valeurs primordiales de l'exemplarité d'un artiste. En effet, la pureté, la culture, l'humilité, la sincérité et surtout le fait de rester soi-même sont les valeurs essentielles de l'artiste avec un grand « A », et que malheureusement, de moins en moins de chanteurs semblent prendre en compte aujourd'hui...

Nous sommes dans une société de pure consommation, et ce depuis les Trente Glorieuses, mais cette mentalité n'atteint les artistes que depuis les années 1980, qui ont fait déchanter les chanteurs intellectuels au profit de chansons « faciles », superficielles et manquant généralement d'intérêt culturel. Et ce phénomène n'est pas encore terminé, même s'il s'est quelque peu atténué ces dix dernières années... Auparavant, les artistes chantaient pour le plaisir de chanter, pour apporter du bonheur aux gens, ou pour les émouvoir - et Dalida a su le faire tout au long de sa carrière, tout comme Barbara, Brel, Brassens, Aznavour, Gainsbourg ou encore Piaf - alors qu'aujourd'hui, la cupidité a ôté toute miette d'émotion de l'interprétation de ces nouveaux artistes, d'ailleurs aussi éphémères qu'un papillon... Et c'est bien regrettable : à croire que le temps de la vraie Chanson est définitivement révolu...


« Elle est avant tout un être humain, un regard sincère, une fièvre ardente de pureté, une soif de connaître, une volonté de parfaire son travail comme sa vie. Mais son travail n'est-il pas sa vie ? C'est que la chanson derrière l'éclat factice qu'une certaine publicité jette en paillettes aux yeux du public, reste une école infaillible pour ceux qui savent rester eux-mêmes et ne pas céder au mirage de la « vedette ». Chaque soir, le public décape les maquillages, décoiffe les stars et déchire les fourreaux de satin pour aller jusqu'au cœur, jusqu'au point où s'arrêtent les limites insolentes du faux-semblant, pour découvrir cette parcelle de l'être que nous possédons tous à égalité et que Dalida chante... simplement. »

Maurice Béjart, programme de l'Olympia 1974.



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31 juillet 2008 4 31 /07 /juillet /2008 08:55
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Dalida adorait les animaux, en particuliers les Carlins, surnommés "chiens aux milles rides", qui trouvent leurs origines dans une province chinoise. Le carlin, que les anglais surnomment "Pug", et les allemands "Mops", est une race peu commune, avec son museau écrasé, et son corps de molosse pourtant proportionné à sa petite taille. Il s'apparente à l'une des races des plus anciennes et existe depuis trois milles ans !
Je vous propose ici une interview de Juillet 2008 tiré du magazine "Doggy", dans laquelle Orlando, le frère de Dalida, nous parle de la relation de sa soeur avec ses chiens, qui l'ont accompagnée les 15 dernières années de sa vie...

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 Eric Romain : Lorsque enfant, avec Dalida vous viviez en Egypte, aviez vous un chien à la maison ?

Orlando : Notre adolescence nous l'avons passée au Caire avec nos parents, nous avions un chien à la maison mais je n'en ai pas un très bon souvenir parce que je m'étais attaché à ce chien et un jour, on l'a perdu et on a jamais pu le retrouver, donc ça a été mon premier gros chagrin d'enfant. Ensuite, ma mère m'en a offert un autre et je n'ai pas eu beaucoup plus de chance avec lui puisque ce chien est tombé malade et a perdu la vue deux ou trois ans après. Ca a été à nouveau un tel drame que je n'ai jamais plus voulu personnellement avoir de chien, car on s'attache à un chien ou à un chat comme on s'attache à un enfant.

Eric Romain : A quel moment Dalida a eu des chiens dans sa vie ?

Orlando : Dalida est venue aux chiens plus tard, étant donné qu'elle avait quitté le Caire pour venir à Paris afin de faire carrière, elle habitait au début dans un hôtel, donc elle ne pouvait pas se permettre le luxe d'avoir un chien ou de s'occuper d'un chien, il fallait qu'elle s'occupe d'abord d'elle-même... Ce n'est que longtemps après qu'elle a eu des chiens quand elle a emménagé dans sa propre maison. Dalida a toujours aimé les bêtes, cela va de soi, mais c'est plutôt un ami qui lui a donné l'envie d'avoir un chien chez elle. C'est lorsqu'elle a reçu Richard Chanfray, le comte de Saint Germain, et qu'il lui a fait cadeau d'un petit Carlin qu'ils avaient appelé Gerda et qui était le raccourci de Germain et de Dalida. Dès lors, Dalida s'est prise d'amour, de folie même pour cette race-là, pour ce chien-là, elle le trouvait très drôle, très affectueux et bruyant, il faut dire que ce sont des chiens qui sont beaux dans leur laideur ! Ca a été le premier des chiens d'une longue série de Carlins qui l'ont accompagné les quinze dernières années de sa vie.

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Eric Romain : Parlez-nous de Gerda, Pacha et les autres ?
 
Orlando : Elle a commencé à avoir Gerda qui était très fragile du point de vue santé, ce sont des chiens très fragiles, souvent malades, ils ne vivent pas longtemps et le premier Carlin, Gerda, est tombé malade. Quand il est mort, tout de suite, Dalida a voulu le remplacer et elle a eu Pacha, qu'elle a choisi elle-même dans un élevage à quatre cent kilomètres de Paris. Pacha, qui pétait le feu, était tout à fait à l'opposé de Gerda, plus calme à cause de sa santé. Pacha sautait, courait, il était même hargneux lorsqu'un étranger arrivait à la maison; il le suivait jusqu'à la sortie ! Pacha était d'une grande beauté, beaucoup plus beau que Gerda. Il a été un compagnon fidèle, très jaloux de sa maîtresse, il la suivait partout, c'était vraiment un diablotin. Un jour je me souviens, j'étais dans le bureau et il y avait une Austin garée devant et un chien noir à l'intérieur, je me suis approché et j'ai vu un Carlin noir. Je dis à Dalida "je viens de voir un Carlin noir", du coup elle est retournée chez l'éleveur pour en trouver un mais il n'en avait pas alors il lui a promis que dès qu'il y en aurait un dans une des portées il serait pour elle. Et quelques mois après, une boule noire est arrivée. On ne voyait que les yeux, c'est d'ailleurs pour cela que Dalida l'a prénommé Vizir, parce qu'elle lui trouvait une ressemblance avec les Vizirs d'Orient...

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Eric Romain : Pourquoi avait-elle deux Carlins à la maison ?

Orlando : Elle disait que c'était bien que Pacha ne soit pas seul à la maison, parce que cela le rendait un peu hargneux et sauvage vis à vis des gens et elle voulait qu'il ait un compagnon pour jouer. Vous savez, c'était quelque chose quand on se rendait chez Dalida, de voir ces deux chiens qui montaient, qui descendaient, qui couraient entre les jambes ! Vizir adorait taquiner Pacha et celui-ci essayait à son tour de le rattraper, mais comme Vizir était plus petit, il se glissait sous les meubles et ça hurlait, ça hurlait... Et puis un jour, Pacha, d'une nature très nerveuse, est mort d'une crise cardiaque en Corse. Pour Vizir, je ne me rappelle plus comment il est parti, mais Dalida en a pris un autre qu'elle a appelé Raja, ça été le dernier qui l'a accompagné. Lorsque Dalida est partie, c'est l'un de ses coiffeurs qui l'a pris. François, dont la femme avait un Carlin qui venait de mourir et comme elle était malheureuse,  m'avait demandé s'il pouvait le prendre et il m'avait même dit : « tu n'auras pas le temps de t'en occuper, ma femme a un jardin, il sera heureux » et il l'a pris, mais après j'ai regretté. Je sais qu'il a vécu très longtemps pour cette race-là, puisqu'il est mort à l'âge de quatorze ou quinze ans. J'ai souvent eu des nouvelles de Vizir, il était heureux, mais je n'ai jamais voulu le revoir car cela m'aurait rappelé trop de souvenirs...

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Eric Romain : Quel comportement Dalida avait avec ses Carlins à la maison ?

Orlando : Dalida jouait avec eux comme si c'était ses enfants, c'était sa récréation. Comme elle était tout le temps en voyage, quand elle revenait à la maison, elle était heureuse de les retrouver. Quand elle partait en vacances, elle les emmenait avec elle, en Corse ou même à Los Angeles quand par exemple, en 1982, elle a emmené Pacha, qui pourtant n'était pas de tout repos, pour aller rencontrer Jacques Morali, le producteur des Village People. D'ailleurs, Dalida n'a jamais su bien élever ses chiens, ils ne l'écoutaient pas et ils faisaient leurs besoins partout ! Elle avait peur de les éduquer, elle était trop faible avec eux. Mais quand elle leur demandait de monter sur le lit, ils montaient. Et quand elle dormait, ils étaient au pied du lit, elle ne leur permettait pas de dormir dans son lit.

Eric Romain : Consacrait-t-elle beaucoup de temps à ses Carlins ?

Orlando : Ils étaient comme ses deux enfants, c'est elle qui préparait leur repas quand elle était à Paris. Son plaisir c'était de recevoir ses amis et de s'occuper de ses chiens, il y avait le dîner pour les amis et le dîner pour les chiens. Elle adorait faire ça, c'était son plaisir.

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Eric Romain : Quel souvenir gardez-vous de Dalida avec ses Carlins ?

Orlando : C'est le souvenir de la joie de vivre, elle avait presque des conversations avec ses chiens, elle disait comme toutes les maîtresses que ses chiens étaient les plus intelligents, bien sûr ! Elle disait « Mon dieu ce chien, il ne lui manque que la parole » et « Il comprend tout ». Elle me faisait rire, parce que je n'ai jamais entendu d'une maman dire que ses enfants ne sont pas les plus intelligents. Ce qui la fascinait le plus, c'étaient les attitudes, les Carlins ont des attitudes très nobles, leur façon de s'asseoir sur leurs pattes comme un Bouddha, Leur façon aussi de mettre les deux pattes devant leur museau. Elle restait comme ça à les regarder un long moment, et comme les chiens voyaient qu'elle les regardait, ils en rajoutaient des tonnes !

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Eric Romain : Ses Carlins ont-ils remplacé les enfants qu'elle n'a pas eu ?

Orlando : Bien sûr, elle n'avait pas d'enfants, mais elle n'a pas remplacé les enfants qu'elle n'a pas eu par des chiens, non. Elle a eu des chiens qu'elle adorait, qui étaient des compagnons extraordinaires, avec qui elle était complice, mais ses chiens ne remplaçaient pas un enfant. Elle savait très bien faire la différence...

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